Le cancer de la prostate rend-il impuissant ?
Le cancer lui-même provoque rarement des troubles de l'érection ; ce sont surtout ses traitements — chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie — qui en provoquent, souvent au début, avec une récupération possible et des traitements efficaces. L'impuissance après un cancer de la prostate n'est donc pas une fatalité : son risque dépend du traitement choisi, de l'âge, de la qualité des érections avant et de la préservation des nerfs pendant l'opération.
Pourquoi les traitements provoquent-ils des troubles ?
- La prostatectomie radicale : les nerfs de l'érection longent la prostate. Même quand le chirurgien les préserve, ils sont étirés et mettent des mois à récupérer ; s'ils doivent être retirés pour enlever tout le cancer, les érections spontanées ne reviennent pas.
- La radiothérapie (externe ou curiethérapie) abîme progressivement les petits vaisseaux : le trouble apparaît plus tard, souvent dans les un à trois ans.
- L'hormonothérapie, qui supprime la testostérone, fait chuter le désir et les érections pendant toute sa durée.
Peut-on retrouver ses érections ?
Oui, souvent en partie. Après une chirurgie avec préservation des nerfs, la récupération se fait sur 6 à 24 mois ; elle est meilleure chez les hommes jeunes, qui avaient de bonnes érections avant l'opération. Les chiffres varient beaucoup selon les équipes et les définitions, d'où l'importance d'en parler avec le chirurgien avant l'intervention. Les semaines qui suivent le retrait de la sonde marquent le début de cette phase de récupération.
Quels traitements existent ?
| Traitement | Principe | Pour qui |
|---|---|---|
| Comprimés (sildénafil, tadalafil…) | renforcent l'érection en présence de nerfs fonctionnels | après chirurgie avec préservation nerveuse, après radiothérapie |
| Injections intracaverneuses d'alprostadil | provoquent l'érection sans passer par les nerfs | quand les comprimés ne suffisent pas |
| Alprostadil en crème dans le méat | même principe, sans injection | alternative aux injections |
| Pompe à vide | attire le sang, un anneau le retient | tous, y compris en rééducation |
| Implant pénien | prothèse gonflable posée chirurgicalement | échec des autres traitements |
Les médicaments contre la dysfonction érectile sont souvent commencés tôt après la chirurgie (rééducation érectile), pour préserver le tissu érectile pendant que les nerfs récupèrent.
Peut-on prendre du Viagra en cas de cancer de la prostate ?
Oui. Les inhibiteurs de la PDE5 n'augmentent pas le risque de cancer de la prostate ni de récidive, et ils sont utilisés couramment après la chirurgie ou la radiothérapie. Leurs contre-indications habituelles s'appliquent : dérivés nitrés, maladie cardiaque instable, tension très basse.
Et la sexualité après une prostatectomie ?
L'orgasme reste possible, même sans érection complète, mais il est « sec » : la prostate et les vésicules séminales ayant été retirées, il n'y a plus d'éjaculation. Une petite fuite d'urine à l'orgasme est possible au début. La verge peut sembler un peu plus courte ; la rééducation et la pompe à vide limitent ce phénomène. Le plaisir passe aussi par les caresses et la complicité du couple, qu'il est utile d'associer à la prise en charge.
Sources : Association française d'urologie (cancer de la prostate, troubles sexuels après traitement) ; Institut national du cancer ; résumés des caractéristiques du sildénafil et de l'alprostadil (ANSM).



